"TANT QU'IL EN RESTERA UN" - "VIGIL ET AUDAX"

Souvenirs d'Allemagne avril/mai 1945

Le 1/3 RCA – Avril-Mai 1945 – CC 2

Ce 1er Escadron de Reconnaissance fut commandé par le Lt. BLASSELLE ; les 3 Pelotons de combat étant aux ordres des Lt. TRÉHU (1er Peloton), Lt. DES MOUTIS (2e Peloton), Lt. GENTIEN (3e Peloton) et suivant avec l’échelon l’Adjudant-chef LONGY.

Composition du peloton du lieutenant Des Moutis

Auto mitrailleuse Lapeyre ;            Lieutenant DES MOUTIS,

           Brigadiers CARRE, NOLF,

           Cavalier CECCHI

Auto mitrailleuse Laperrine ;       Maréchal des Logis BRETON,

           Cavaliers BECK, GONZALES, LACAZADIEU

Auto mitrailleuse Lamoricière ; Maréchal des Logis Chef JEANDON,

            Cavaliers MARTIN, MACE, MAISONNAVE, GAILLARDET

Auto mitrailleuse d'Assas ;               Maréchal des Logis DUVERGE,

            Brigadier BASTIEN,

            Cavaliers NATALIZIA, RATS, FONTI

Jeep 387 ;                                                                 Maréchal des Logis CANTAIS,

                                                                                             Cavaliers TALBOT, LEMAHO

Jeep 408 ;                                                                  Brigadier MALAPERT

                                                                                             Cavaliers HOUSSAY, LAUER

Jeep 433 ;                                                                  Aspirant CORNUDET,

            Cavaliers TRUCHY, LAURENT 

Jeep 435 ;                                                                 Brigadier Chef BRAZIER,

           Cavaliers BEAU, CLAYETTE

A.C.A.M ;                                                                   Brigadier Chef COLLOMB,

            Cavaliers PERRIER, POULAIN, CHESNAU, RECHEDE

HALF TRACK ;                                                     Cavalier ALBANEL

Char La Tour d'Auvergne ;             Brigadier Chef DOUSSINAUD,

             Brigadier GALVES,

             Cavaliers RUSELLO, GUILLOT

 Motocycliste ;                                                      Cavaliers PILIA puis JUIN

JEUDI 5 AVRIL : Après avoir cantonné quelques temps à BERGBIETEN, près de STRASBOURG, l’escadron se porte avec le C.C.2, le long du Rhin, attendant avec impatience l’heure de « LE » traverser.

Nous doublons, chemin faisant, des colonnes et des colonnes de « THABORS » qui « montent » et du haut de nos tourelles, nous apercevons leur crâne rasé entouré du chèche ; d’énormes camions d’essence de l’armée américaine qui « redescendent » à vide. Il se prépare de toute évidence de grandes opérations.

Tous les villages sont marqués de l’empreinte des combats récents, HAGUENAU en particulier. Mais ce n’est rien à côté des villages allemands ; aussitôt la frontière franchie, à 13 heures, nous ne traversons plus que ruines, fortins détruits, routes défoncées. Elle n’est plus dangereuse leur ligne SIEGFRIED !

Le soir, l’Escadron cantonne pour la première fois sur le sol allemand à HARTHAUSEN, et la nuit, la garde est bien montée.

VENDREDI 6 AVRIL : Après une longue attente, l’Escadron franchit le RHIN sur un pont de bateaux à SPIRE, puis nous roulons tranquillement jusqu’à MURLBURG, faubourg de KARLSRUHE (on s’y bat encore) et nous passons la nuit dans une fabrique, où le pinard et l’alcool sont abondants.

SAMEDI 7 AVRIL : Nous traversons KARLSRUHE détruit et nous installons provisoirement à DURLACH, dans un hôpital très confortable.

DIMANCHE 8 AVRIL : Le Peloton TRÉHU part le premier pour la guerre, et peu après nous recueillons son premier blessé, le Maréchal des Logis FERRARI. Tout le monde s’affaire auprès de lui, mais ce n’est qu’un accident. Nous ne serons d’ailleurs pas longs à décoller ; à 11 heures, « MOTEURS EN ROUTE ». En patrouille, nous traversons LANGENSTEINBACH où il tombe quelques obus, et nous poussons sur AUERBACH.

Sur la crête dominant le village, l’ennemi stoppe notre progression. Les Fritz sont dispersés par petits groupes le long de la route et dans les champs. De plus, l’entrée du village est minée ; il faut employer la « poêle à frire » sous le feu ennemi.

Mais le peloton vient à bout de toutes ces difficultés ; par une série de coups de mains, le peloton s’empare dans la journée de 67 prisonniers que nous sommes fiers de présenter le soir au Lieutenant Commandant. Le Colonel LEHR, Commandant le C.C.2 nous envoie ses félicitations.

En somme, beau début de campagne pour la première journée de combat. Nombre de gradés et de cavaliers se sont distingués ! Hélas aussi quelques uns des nôtres ont payé de leur sang cette victoire : Maréchal des Logis DUVERGÉ, tué dans sa tourelle par une balle en pleine tête, RECHEDE et PILLIA, blessés et évacués.

Le Maréchal des Logis CANTAIS, le Brigadier BASTIEN et le cavalier CLAYETTE n’ont été atteints que légèrement.

En fin de journée, l’escadron se regroupe à AUERBACH, puis arrivent des chars, de l’infanterie… Nous ne serons pas seuls cette nuit. Bien entendu, il n’a pas été question de manger pendant toute la journée, mais le soir venu, poulaillers et clapiers auront des visites.

LUNDI 9 AVRIL : Nous revenons un peu en arrière à STUPFERICH, d’où nous partons prendre liaison avec le 3e SPAHIS. En patrouille, nous passons à travers un village en flammes ; ça chauffe formidablement des brûlots tombent sur la chaussée à notre passage et obstruent la route, heureusement aucune voiture ne prend feu.

Puis dans un terrain très gras, nous enlisons successivement trois A.M. et une A.C.A.M., il faut une heure pour s’en sortir. Nous tombons alors sur des abatis : deux heures de gros efforts à manier la scie et la hache pour aider le génie qui dégage l’autre extrémité. Pendant ce temps, nous voyons en rigolant des obus tomber à l’endroit où nous étions enlisés ; trop tard, les artilleurs Fritz ! Nous rentrons passer la nuit à LANGENSTENBACH.

MARDI 10 AVRIL : En réserve d’escadron, nous suivons docilement les avances saccadées de la colonne. Nuit à BERNBACH.

MERCREDI 11 AVRIL : L’escadron arrive à 8 heures à HERRENALB, charmante petite station balnéaire. Entretien du matériel : tout le monde se détend. Pêche à la grenade. Premières prises de guerre : serviettes, chaussures…

Un goumier vient se présenter au P.C. du Lieutenant Commandant, puis il rentre dans différentes maisons civiles, provoquant la panique chez les Fritz. Ce n’est qu’une facétie du Lieutenant GENTIEN.

JEUDI 12 AVRIL : Nous faisons mouvement sur HORDEN, où nous arrêtons deux femmes après le couvre-feu. On les enferme dans une petite baraque. Elles ont une frousse intense lorsqu’on les en sort à 4 heures du matin le 13, avant de partir nous-mêmes pour BADEN-BADEN, où nous dormons une heure avant de repartir sur GEROLDSAU.

VENDREDI 13 AVRIL : Le peloton TRÉHU, étant bien accroché, notre peloton gagne un bon observatoire, d’où l’on fait de beaux cartons. Deux chars dont « LA TOUR D’AUVERGNE », rentrent juste à point de l’E.R.D. pour se mettre en batterie. Les F.T.A. viennent nous appuyer.

Le soir, nous rentrons à BADEN-BADEN, dans un bon hôtel. Toutefois le peloton a de gros ennuis : il lui faut une bonne demi-heures pour ouvrir une porte derrière laquelle se trouvent de grands crus français (Bourgogne, Vermouth, etc…)

SAMEDI 14 AVRIL : Dépassant GEROLDSAU, le peloton doit prendre liaison avec la 9e D.I.C. dans la plaine de BADE. Mais il y a des abatis formidables sur la route ; avec l’appui du char, nous faisons notre chemin à travers bois, après un gros travail, où tout le mode en met un coup. Mais nous avons perdu beaucoup de temps et c’est à la tombée de la nuit que nous faisons notre patrouille de liaison essuyant au passage quelques coups de feu.
Liaison est prise à BUHL, où l’escadron nous rejoint le lendemain matin.

DIMANCHE 15 AVRIL : Deuxième Dimanche de campagne. Deuxième coup dur.

Cherchant à gagner un col de la Forêt Noire par tous les itinéraires possibles, nous essayons par ACHERN, pas moyen. L’Infanterie y est arrêtée par l’ennemi. On remonte, on passe devant le 3e peloton à NEUSATZ et on continue à travers une route de montagne sous bois. Des abatis nous arrêtent. Impossible de les déborder par la gauche ; l’Aspirant CORNUDET avec une patrouille essaye par la droite, par SCHÖNBRUNN, ramène quelques prisonniers et demande d’y retourner en force pour ramasser les autres. Mais une compagnie ennemie arrive entre temps en renfort et l’Aspirant CORNUDET violemment pris à partie demande à se replier. « LA TOUR D’AUVERGNE » tombe dans un trou et tout le monde doit rester pour le protéger.

Heureusement les goumiers arrivent sur les lieux une heure après. Nous disons « OUF » car la situation tournait mal. Ils mettront toute la journée avec l’aide de l’artillerie pour réduire cette résistance. Au cours de ces opérations le Maréchal. des Logis CANTAIS reçoit une balle dans la main et est évacué. Nous le vengeons en tirant tant et plus sur une ferme tenue par l’ennemi. Le soir, nous y couchons après avoir constaté l’efficacité de notre tir : 4 vaches et 1 cheval tués.

LUNDI 16 AVRIL : Nous redescendons à NEUSATZ ; l’Échelon vient travailler au profit du peloton toute la journée. Seules, deux voitures aux ordres de l’Aspirant CORNUDET gardent les arrières du Peloton GENTIEN… et les équipages ne s’ennuient pas !

MARDI 17 AVRIL : On cherche toujours un chemin libre vers les cols, mais partout il y a d’importantes destructions. Nous nous faufilons sur des petits chemins ; brusquement la route s’écroule sous une A.M…. Le peloton se transforme en terrassiers et reconstruit la route sur 50 mètres ; 5 prisonniers Fritz pris sur ces entre faits, fournissent un appréciable renfort de main d’œuvre ainsi que quelques civils réquisitionnés pour l’occasion.

MERCREDI 18 AVRIL : Enfin un « trou » dans le dispositif ennemi s’est formé, et l’Escadron s’engouffre sur les arrières de l’adversaire ; nous dévalons à toute allure les pentes de la FORÊT NOIRE, atteignant OBERTHAL, poussant encore plus loin à l’Est, jusqu’au moment où nous prenons liaison avec des éléments amis. Puis nous cherchons et trouvons un pont intact sur la MURG. Aussitôt le Peloton tout entier escorte le Colonel LEHR, jusqu’à la ville de FREUDENSTAT en feu. Puis le peloton rentre à BAIERSBRONN ; nuit dans un hôtel.

JEUDI 19 AVRIL : Le Lieutenant DES MOUTIS et l’Aspirant CORNUDET prennent à un Commandant allemand une Mercedes qui restera au Peloton jusqu’à la fin de la campagne. En attendant l’arrivée d’essence, repos. Ce n’est pas de trop, car le lendemain nous mettrons les bouchées doubles. 17heures 30 – Départ pour GLATTEN.

VENDREDI 20 AVRIL : Après une courte nuit à GLATTEN, à 4 heures départ pour WEIDEN, le peloton en éclaireur de terrain. On trouve des ponts coupés, des abatis qui nous obligent à faire un grand détour. Arrivés à WEIDEN seulement à 6 heures 50, nous repartons aussitôt en patrouille, débordant HOCHMOSSINGEN où le Peloton DE LAPERSONNE (remplaçant du Lieutenant TRÉHU blessé) est tenu en respect. Le terrain sec permet une large articulation du peloton en tout terrain. Près de FLUORN, le peloton s’empare brillamment d’une hauteur défendue par l’ennemi : l’A. M. LAPERRINE évite de peu 2 coups de bazooka ; l’Aspirant CORNUDET entraîne le groupe soutien à l’assaut de la résistance, appuyé très efficacement par le tir remarquablement précis du M.8.

Puis la progression continue sur FLUORN, WINZELN, WALD, MUSSINGEN, SEEDORF. Un moment d’émotion à la sortie de SEEDORF où il y a des fortifications et où le peloton DE LAPERSONNE signale un automoteur. Le peloton rentre à BOSINGEN en même temps que l’escadron DE LA LANGE (chars moyens) et une patrouille pousse jusqu’au bord de la vallée du NECKAR où grouillent les FRITZ. Le M. 8 appelé vient vite vider ses soutes sur l’ennemi qui ne sait où se cacher et traverse à gué le NECKAR. Les obus de 75 font de magnifiques gerbes dans l’eau.

Puis nous retournons à BOSINGEN faire nos pleins d’essence et de munitions. Une nourrice de pétrole s’est glissée au milieu de l’essence, il faut vidanger une A.M. – On perd ainsi un temps précieux… car la journée n’est pas finie. Dès que nous sommes prêts, nous allons reconnaître les ponts de la ville de BOTTWEILL qu’un escadron de chars moyens est en train de nettoyer et qui se trouve en mauvaise posture.

Mais nous arrivons lorsque la question est réglée et la ville est assez calme. Trouvant les ponts sautés, nous remontons le NECKAR pour trouver un passage, nous dépassons un vaste camp de prisonniers, qui hurlent de joie à notre passage. A BUHLINGEN, le pont n’est pas sauté, mais il est défendu et pendant une heure la situation est critique, des tireurs isolés nous prennent à partie d’on ne sait où, au fusil et au bazooka. Enfin, OUF ! à la tombée de la nuit, nous sommes relevés par l’escadron BERTHET (Chars légers) et nous trouvons à ROTTWEILL un repos bien gagné.

Dans la journée, nous avons parcouru 65 Kms dont une grande partie en patrouille et nous sommes les premiers à avoir trouvé un pont intact sur le NECKAr, dont nous nous sommes emparés de vive force.

SAMEDI 21 AVRIL : Ce jour là, nous devions encore faire du chemin.

Nous patrouillons sur WEIGHEM, MULHAUSEN, HOCHEMINGEN, puis le Lieutenant DES MOUTIS pousse jusqu’à DONAUESCHINGEN pour prendre liaison avec le Colonel LEBEL. Au retour, on regroupe le peloton qui s’est en partie égaré et on repart en patrouille sur BALDINGEN, à travers tout terrain, nous atteignons, à GEISINGEN, un DANUBE étroit et sale. Les deux ponts sautent sous nos yeux. On cherche alors un autre passage, et l’on s’empare du pont intact mais miné de GUTMATINGEN. Le Lieutenant DES MOUTIS protégé par les A.M., et le Brigadier BASTIEN, désamorcent (non sans émotion) les bombes qui sont sur le pont. Va-t-il sauter comme les deux autres ?

Puis à contre cœur, nous abandonnons ce passage libre pour aller traverser le DANUBE beaucoup plus loin, à TUTTLINGEN, sous une pluie battante, et nous continuons une marche rapide dans la nuit jusqu’à STOCKACH ; marche impressionnante où l’on a la sensation d’être perdus, où il y a des Fritz dans les fossés, des véhicules allemands dont les moteurs tournent encore, des chevaux errants… et un passage à niveau qui se referme tout seul.

STOCKACH, verrou du Lac de CONSTANCE, est à peine nettoyé ; on s’y installe dans la nuit tant bien que mal ; on se bagarre encore dans les rues au cours de la reconnaissance du cantonnement.

DIMANCHE 22 AVRIL : Réveil en fanfare par deux coups de bazooka au milieu des A.M. Vive réaction de notre part. On en est quitte pour l’émotion. A 13h30, nous partons en colonne sur LIPTINGEN, PFULLENDORF, ALTSHAUSEN pour déborder ULM par le Sud, pendant que le C.C.I marche sur la ville. Nuit au château du Duc de WURTEMBERG ; un magasin d’habillement allemand fait notre joie.

LUNDI 23 AVRIL :
Le peloton fait l’arrière-garde avec des T.D. sur l’axe STEINHAUSEN – GRODT – UMMENDORF – HAUSEN. A UMMENDORF, l’arrière garde est prise à partie et le peloton fait un petit débordement par FISCHBACH sans incident. Puis, partant reconnaître le pont de KELLMUNZ, nous croisons un officier allemand au volant de sa petite Renault. Bonne prise ! Nous tombons ensuite sur un os à… ERLEMNOS où l’Auto Mitrailleuse. LAMORICIÈRE se fait bazooker. Il est trop tard pour insister.

On rentre avec l’escadron à GUTENZELL ; nous y retrouvons le MdL. BRETON dans un joli cabriolet. Il rentre du dépannage après un fameux exploit, s’étant emparé avec sa seule A.M., d’un village, d’un camion, d’une V.L. et de 150 Fritz.

MARDI 24 AVRIL : On repart sur ERLEMNOS qui est évacué. Petit accrochage près d’ELDELBEUREN ; puis avec l’escadron nous nous heurtons à une colonne américaine allant comme nous sur DIENTENHEIM. Nuit à DIETENHEIM au milieu des Américains. A 11 heures du soir, dans le noir, les Fritz traversent la ville avec trois ou quatre canons de 88, passent devant les factionnaires du P.C. sans être inquiétés, tant il fait noir.

MERCREDI 25 AVRIL : Pas d’essence jusqu’à 16 heures. On repart alors sur LAUPERSTHAUSEN, zone de regroupement du C.C.2. La colonne, arrêtée par l’ennemi fait demi-tour dans une étroite route de forêt. « LA TOUR D’AUVERGNE » et DRESCO qui se sont trompés de chemin, reviennent avec 15 prisonniers. Nuit à SCHWENDI chez un marchand de tissu dont le magasin est pillé par la population civile. On fait des meurtrières dans les volets, les S.S. sont signalés partout.

JEUDI 26 AVRIL : L’escadron rejoint LAUPERTHAUSEN.

VENDREDI 27 AVRIL : Une patrouille aux ordres de l’Aspirant CORNUDET, escorte un convoi d’essence.

SAMEDI 28 AVRIL : Nuit à STEINENTHAL.

DIMANCHE 29 AVRIL : Nuit à KIMRASTHOFEN avec le P.C. du C.C.2.

LUNDI 30 AVRIL : Départ 5 heures. Petite route de montagne couverte de neige. On redescend dans la vallée de l’ILLER à KEMPTEN où l’Aspirant CORNUDET reconnaît les ponts tandis que le Lieutenant DES MOUTIS prend liaison avec le P.C. du Régiment et le 5e R.C.A. – Puis nous éclairons l’escadron sur l’axe SULZBERG – WERTACH. Le peloton se heurte à de mauvais chemins de montagne, d’où l’on prend à partie une colonne hippomobile de Fritz escortés par les Américains. Puis nous rattrapons la grande route bondée d’Américains et de prisonniers.

A WERTACH, les Américains sont arrêtés par l’ennemi et le peloton doit déborder le massif montagneux en longeant la frontière d’AUTRICHE.

Dès le début de la mission, léger accrochage, puis la résistance s’affermit à KRANZEGG. La neige rend l’observation difficile. Enfin nous étant rendus maîtres d’un bon observatoire, l’ennemi s’enfuit vers les hauteurs boisées.

A l’abri dans une petite cabane, nous regardons quelques prisonniers debout sous la grêle, levant les mains. Il est temps de leur en faire encore « baver » une dernière fois, car c’est pour nous la fin de la guerre. Sentant que le Fritz est complètement foutu, nous n’hésitons pas à fêter, avec quelques jours d’avance, ce grand jour « V » de la Victoire.

A KEMPTEN, où nous restons jusqu’à la capitulation allemande le 8 Mai 1945, nous nous détendons joyeusement les nerfs qui n’ont cessés d’être tendus pendant un mois.

Et pour la première fois depuis que nous sommes sur le sol allemand nous avons le temps de hisser solennellement nos trois couleurs. En les regardant flotter, certains méditent.

« Aujourd’hui, l’ennemi est à terre, mais pour combien de temps ? En moins d’un an, nous avons pourchassé l’allemand des rives ensoleillées de PROVENCE jusque dans les montagnes enneigées d’AUTRICHE ; mais après quatre ans d’efforts semblables aux nôtres, nos Pères victorieux ont bien oublié leur victoire. En souvenir de nos camarades tombés à nos côtés, ne commettons pas la même erreur. Il ne faut pas que leur Sacrifice soit vain. »

ADDITIF

I – Depuis le 15 Août 1944, le 3e R.C.A. a perdu : 61 tués, 246 blessés et 2 disparus.

II – Le Bilan de la Campagne d’Allemagne et d’Autriche, à l’actif de la 1ère D.B. est le suivant :

  • 30000 prisonniers sont entrés dans nos « cages » dont 8 généraux et 500 Officiers, plus les prisonniers faits par le C.C.2 en collaboration avec la 2e D.I.M.
  • 150 canons détruits ou capturés.
  • Des trains entiers de matériel sont tombés entre nos mains à MENGEN, BALINGEN, KISSLEGG, MOLPERTHAUS, IMMENSTADT.
  • Une quarantaine d’avions intacts à côté de SCHUSENRIED et de LAUBACH. Le nombre des véhicules ennemis saisis ou détruits ne peut être évalué. Il en est de même du nombre de dépôts de vivres et de matériel de toute nature (Usine MAUSER à OBERDORF).
  • Des papiers fort importants : Archives militaires, archives du Poste radio STUTTGART, archives d’armes secrètes, Objectifs « T » de toutes sortes on été saisis.
  • Les pertes de la D.B. pour la campagne d’ALLEMAGNE se sont évaluées à 634 hommes ainsi réparties : 173 tués (dont 12 Officiers et 2 conductrices) ; 436 blessés (dont 22 Officiers) ; 25 disparus.
  • Du 18 AVRIL au 9 MAI, la 1ère D.B. a parcouru plus de 1.000 Kms dont la moitié en combattant.
  • Il sera difficile de trouver un plus bel exemple d’utilisation d’UNITÉS BLINDÉES.
  • Notre DIVISION à l’emblème de la CROIX DE SAINT LOUIS, a eu le privilège de vivre et de réaliser la plus magnifique et la plus fructueuse des chevauchées dont pouvait rêver une DIVISION BLINDÉE.

Joseph Des Moutis

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